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13.07.2010

KAGAME, KABILA ET LES AUTRES

KAGAME, KABILA, NKUNDA  ET LES AUTRES

Ange Michel Murangwa

muramliz@yahoo.com

  

 

La politique et le vin ont ceci de commun qu’ils nécessitent parfois une bonne rasade d’eau pour les adoucir. Il va sans dire que le vin coupé ne plait à tout les palais, mais néanmoins, il adoucit le verbe, verbe qui a lui seul peut entretenir le feu des armées.

Depuis bientôt deux décennies,  la Région des Grands Lacs est en guerre. Des millions des victimes ont été fauché  et continuent à être sacrifié sur l’autel de l’exclusion. En Afrique, le bouc Occident a mille et une fois été tenu responsable pour une irresponsabilité que se partageaient les belligérants qui n’attendaient pas céder à la raison, non pas toujours pour l’intérêt de leurs populations, mais souvent pour assouvir leur aveugle orgueil et/ou gonfler leurs comptes bancaires.

Quand les tutsi du Rwanda furent fatigués de l’exil et des exactions des régimes hutu qui s’étaient succédé  dès les années 59, face à la intransigeance et les tergiversations du Hutu Power, ils n’eurent d’autre choix que de recourir aux armes. La victoire eut un prix ; Près d’un millions des personnes périrent dans le génocide Tutsi.

Il est vrai que des milliers des hutus  payèrent et payeront longtemps encore pour la folie meurtrière et irrationnelle de leurs dirigeants, non pas que les gouvernants actuels ne croient pas en la nécessité d’une réconciliation nationale,  mais tout simplement par ce que les criminels d’hier  entretiennent le feu de la haine et croient possible encore, à la reprise du pouvoir aussi bien par les armes que par un jeu démocratique que devrait imposer l’Occident.

Les États Arabes rêvent depuis six décennies au démantèlement de l’État d’Israël et ne cessent en même temps d’accuser les Juifs de tous les maux que connait le Moyen Orient. Nonobstant ses idéaux, l’occident se trouve dans l’obligation de fermer ses yeux sur les pratiques parfois controversées de l’État Israélien, car ces pratiques sont nécessaire à la survie même de sa Nation.

Grace à une politique qualifiée à raison ou à tord d’excessivement rigide mais qui démontre son efficacité malgré les dires de tant d’experts en droits de l’homme hier silencieux pendant le génocide, Les voies vers la réconciliation sont balisées. Des millions des hutus et de tutsis ont perdu leur  identité ethnique pour devenir Rwandais et reconstruire un pays de tolérance, de justice et de paix. La  voie ouverte  par le Gouvernement Kagamé est certes longue, exige des sacrifices à la hauteur des séquelles du pays, mais le progrès réalisée donne l’espoir, le succès est au bout du chemin.

Les criminels ont certes trouvé des champions de causes perdues pour nier, minimiser le génocide tutsi ou le justifier par une logique dont l’insanité n’a d’égale que la négation de l’holocauste Juif. Le planificateur du génocide serait le FPL qui aurait commis l’attentat contre le Falcon de Habyarimana, Encore qu’il faille le prouver. Ce genre de manipulation fut précédemment utilisé par les nazis qui accusaient les médecins d’Hitler, nous connaissons la suite.

L’histoire a par ailleurs eu tord de circonscrire le génocide Tutsi à la seule année 1994. Les tutsi ont été massacrés depuis 1959 et les massacres tel celui de Bigogwe en 1992-3 n’ont pas été les résultantes de quelques attentats contre les limousines de Habyarimana. Les tutsis qui pour une raison ou une autre étaient voués a l’extermination  ne pourraient aujourd’hui, en toute logique, baisser la garde et accepter le jeu démocratique à l’occidentale qui conduirait le Rwanda à la case départ.

Au nom de la sacro sainte liberté d’expression, l’Occident préconise  la  totale libération des medias sans se soucier outre mesure du rôle joué par ces medias dans le Génocide Tutsi. L’Occident devrait comprendre que Le Rwanda nouveau a le devoir sacré de se protéger des journaux qui tenteraient sournoisement de réitérer l’exploit de la sinistre Rtm.  La constitution et les lois rwandaises peuvent paraitre  tordues pour les autres Nations  mais ce sont là des règles nécessaires à la réconciliation, à la survie du Peuple Rwandais.

Les conséquences de l’Opération Turquoise :

Le Génocide tutsi n’a pas simplement marqué le Rwanda mais a eu aussi des terribles effets d’entrainement dans la Région. En acceptant aveuglement l’afflux massif des militaires en armes des fugitifs Interahamwe et de leurs gouvernement, le machiavélique Mobutu croyait rentrer dans la grâce de la France et partant de l’Occident. En reconnaissant ses erreurs d’appréciation dans son approche de la problématique Rwandaise, Le Président Sarkozy a fait mine d’oublier le Congo. Les deux pays ont ensemble lourdement souffert de l’Opération Turquoise et la France devrait démontrer sa grandeur et contribuer  à la reconstruction de ces deux pays.

Les fugitifs Interahamwe Rwandais  qui caressaient l’espoir de reconquérir le pouvoir à Kigali entamèrent aussitôt des incursions répétitives sur le Rwanda. Kagamé déjoua leur attente. Fatigué de se battre sur la défensive, il opta de mener une guerre préemptive sur le sol Zaïrois ou les Interahamwe massacraient encore les Tutsi du Kivu avec la bénédiction de l’armée de Mobutu. L’Ougandais Museveni eut aussi ses raisons pour déployer ses troupes dans la province Oriental. L’occident ne fit rien pour dissuader les tombeurs de Mobutu et accorda, tout au moins le « go » à  ce qui fut appelé la Révolte Banyamulenge.

Cette appellation de « Révolte Banyamulenge » portait en lui-même la semence des nouvelles rancœurs sans précédent contre les tutsi congolais. Ils venaient, sans s’en rendre compte, de s’aliéner plus que jamais de l’ensemble des leurs frères. Les autres congolais se sentirent profondément humiliés par le fait de la défaite de l’armée de Mobutu face  Kagamé.

L’opportuniste Kabila utilisa ce sentiment d’humiliation pour jouer au Héros National et se délesta de l’armée Rwandaise qui l’avait porte au pouvoir au prix des sacrifices consentis en contreparties des accords nébuleuses de Réméra. Seul l’histoire nous dévoilera un jour le contenu de ces accord, si accords il’ y eut jamais.

Kabila crut devoir mettre de son coté les Interahamwe qu’il avait tenté d’exterminer la veille. Il les réarma et les dissémina dans les deux Kivu ou ils régnèrent en seigneurs de guerre. Par la magie de la désinformation, les pillages et les viols qu’ils allaient commettre furent  crédité a l’actif des tutsi Congolais et de Kagamé. Les désinformateurs congolais se contredissent eux même quand ils affirment que le problème dans le Kivu est la résultante de la présence des éléments Interahamwe Rwandais et des éléments indisciplinés et non payés des Forces Armées Congolaises. Les CNDP de Nkunda ou de Ntaganda (c’est selon) sont du reste rarement cités dans les exactions  commises contre les populations.

Beaucoup a été écrit sur les conséquences de la guerre qui n’aura en définitive profité à personne. Les Tutsi Congolais qui réfléchissent auront  compris que leur force incontestable sur le terrain ne suffira pas pour recréer la cohabitation pacifique avec le reste de leurs frères Congolais qui de leur part commencent à comprendre qu’ils doivent bon gré, mal gré composer avec leur frère tutsi qu’ils ne parviendront jamais à éliminer de leur patrie commune, le Congo.

Il est évident que ceux-là qui étaient au devant de la scène politico-militaire dans les deux camps sont dans l’obligation de se soumettre à la nouvelle logique de paix qui souffle sur la Région.

Le discours quelque peu laconique de Mme Hilary Clinton a été interprété de manière diverses dans la région des grands lacs. Son discours fut pourtant clair : Les États Unis étaient non seulement écœuré par la situation désastreuse sur les populations du Kivu, mais ils allaient aussi s’employer de toute leurs forces à éradiquer le mal par sa racine, sans faire cas de leurs relations présentes ou passées avec telle ou telle partie en conflit.

Mme Clinton renvoyait par là, dos à dos tous les belligérants, menaçant  de s’attaquer à ceux qui tenteraient de maintenir les populations innocentes dans l’insécurité et la pauvreté par leur mauvaise gouvernance.

La conséquence de cette Pax Americana se matérialisa par le rapprochement en douce des Présidents Kagamé et Kabila que les aveugles ont vite fait d’accuser de traitres, l’un envers le Peuple Tutsi, l’autre envers la Nation Congolaise.

Il ya quelque temps, le Président Kabila soulevait la torrée générale en invitant l’armée rwandaise sur le sol congolais pour traquer les Interahamwe. La  contestation fit  vive à Kinshasa et couta à Kabila la défection du fidele Kamhere. Toutes fois Kabila fit vraisemblablement mis dans l’obligation d’écourter les opérations conjointes des armées rwando- congolaise. L’opinion Nationale était très mal préparée pour accepter l’aide de Kagamé.

Fort malheureusement, les deux armées ne pouvaient réaliser leur objectif en moins de quinze jours. La partie fut remise à plus tard, sous une forme plus acceptable pour l’opinion congolaise.

Rwanda :

Au Rwanda, L’opaque situation que les analystes ont du mal à comprendre résulterait en fait d’une guerre des faucons que la paix entre Kigali et Kinshasa serait loin d’arranger.  A cela s’ajouterait la mise à l’écart du General Nkunda. Cette situation aurait failli de peu provoquer une  « Libanisation » du Rwanda.

La nervosité qui s’observe à Kigali n’aurait aucunement rien à voir avec des élections prochaines. Les opposants qui s’agitent dans le tourbillon crée par la défection et la mise à l’ écart des certains généraux ne joueraient, tout compte fait, qu’à la mouche du coche. Kagamé les ignorent tout autant que l’Occident n’ignore rien de leur agenda caché et des dangers qu’ils représentent.

 Malgré l’insistance congolais et les bravades de Nkunda qui voulait être présenté devant les juridictions Congolaise, Le président Kagamé a refuse jusqu'à ce jour de céder à toute pression interne ou externe pour le libérer ou l’extrader à Kinshasa.

Malgré cette bonne volonté manifeste à son égard,  Il semble que les hommes de Nkunda aient cultivé des liens très étroits avec certains  officiers de l’armée Rwandaise et qu’ils aient essayé de remplacer ou aidé à remplacer Kagamé par  un homme plus proche de leurs ambitions belliqueuses.

Rien d’autre ne pourrait logiquement expliquer les arrestations opérées récemment par les services de sécurités Rwandaise parmi les lieutenants du General Nkunda.

Le General Nkunda a certes été  utile à la cause des tutsi congolais. Son problème résiderait dans le fait  qu’il ait voulu continuer indéfiniment une guerre qu’il avait déjà largement gagné et que point n’était besoin d’acculer  Kinshasa jusqu’au mur.

Toutes fois l’opinion reste convaincue que sa place n’est pas dans les geôles de Kigali. Par respect pour les tutsi congolais qui se reconnaissent en lui, il serait souhaitable  si pas nécessaire, qu’il soit intégré dans le nouvel ordre des choses et retrouve sa place dans l’armée congolaise qui pourrait par ce fait bénéficier de son charisme et de la bravoure que tous reconnaissent en lui.

Kabila aussi devrait être évalué en tenant compte du lourd héritage et des circonstances politiques radicales qui ont précédés son avènement au pouvoir. Ses multiples gestes envers la communauté tutsie dans le Nord Kivu devraient démontrer son ouverture. Kabila ne peut que chercher à composer pour une paix juste et durable pour autant qu’il ait les mains libres.

Bien que l’Occident insiste aujourd’hui sur des institutions fortes, il ne manque pas de percevoir tout aussi bien que dans l’état actuel des choses,  la région a encore besoin d’hommes assez fort pour imposer des changements radicaux qui ne pourraient s’opérer sans un soutien effectifs aux  chefs d’états au pouvoir aussi bien au Rwanda, au Congo qu’au Burundi, pour autant que ceux-ci consolident la paix et impriment à leurs pays respectifs une politique économique et sociale qui bénéficie effectivement a leur population et les protègent. Les élections sont aujourd’hui loin d’être perçues comme la panacée des maux qui rongent l’Afrique. Les Réalité de la région imposent une nouvelle vision.

Les intellectuels Congolais commencent aussi à comprendre la nécessite d’une paix négociée dans l’intérêt de  tout les parties. Dans sa livraison du  7 juillet, le journal Le Potentiel préconisait la création d’une nouvelle province dans le Grand Nord-Kivu, province dans la quelle moins des parties seraient en présence, donc pourraient plus aisément arriver à trouver des compromis pour une cohabitation heureuse. Cette idée géniale mettrait fin a toute idée de balkanisation qui en réalité ne profiterait a personne.

Le Potentiel a été plus loin le lendemain en louant la République Centrafricaine, « … qui vient de casser en quelque sorte le  mythe de la « souveraineté nationale » et soulève la problématique de la neutralisation des  groupes armes avec l’aide de la communauté internationale. Au fait poursuit-il, La région des grands Lacs est quasiment devenue un deuxième Afghanistan et l’intervention militaire internationale ne doit plus être un tabou. Si les forces coalisées sont déterminées à en finir avec les talibans ou le terrorisme international, des opérations militaires  conjointes dans la région des Grands Lacs sous la coordination de l’AFRICOM donneraient des résultats positifs. La première opération militaire regrouperait la RDC-OUGANDA- RCA- SOUDAN- AFRICOM contre la LRA, La deuxième impliquerait les militaires de la RDC-OUGANDA-RWANDA-BURUNDI-TANZANIE-AFRICOM contre les FDLR ».

Ces vœux du Potentiel résument au mieux et à eux seuls le changement opéré sans force tambours par le duo Kagamé-Kabila. La petite rasade d’eau d’Hilary Clinton dans leurs verres  aurait eu des effets bénéfiques sur la sante de  la Région des Grands Lacs !

 

 

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Commentaires

J'adhère entièrement à votre analyse.
jacquesanneet@skynet.be
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Écrit par : anneet | 13.08.2010

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